En levant les yeux au ciel, l’on peut apercevoir le jour le soleil, les nuages et la nuit la lune et les étoiles. Neil Armstrong fit en 1969 le premier pas sur la lune. Louis Armstrong révolutionna et démocratisa le jazz. Pour ces conquêtes, il fallut se battre, ne pas se résigner, tendre vers ce qui parait impossible sans céder au désespoir. Parmi les merveilles du monde, l’amour détient la place suprême. L’amour rend heureux et les oiseaux ne nous contrediront pas, la musique donne aussi du bonheur. Ainsi, tel la terre, le jazz a fait sa révolution et l’on pourrait penser que rapporté à la vie, faire un pas sur la lune, c’est faire un pas vers l’Autre. L’amour et la musique réchauffent les coeurs et se pose alors la question de savoir d’où vient le sentiment de bonheur? En effet, l’on pourrait penser que le bonheur peut-être d’une part, issu de l’acquis ou de l’inné (I) et d’autre part, être provoqué par la volonté de conquête du bonheur (II).
Le sentiment de bonheur peut-être issu de l’acquis ou de l’inné lorsque l’on se situe du point de vue de la terre ou bien de celui de l’amour.
Du point de vue de la terre, la beauté du monde est une qualité innée. Ainsi, dans l’album, les oiseaux bleus que l’on appelle aussi « oiseaux du bonheur » qui sont symboles de joie, intelligence et espoir, figurent dans le titre inspirant celui de l’album « I Wish You Love » où le protagoniste reconnaissant que son couple est voué à l’échec, souhaite du bonheur à sa partenaire pour laquelle il ne garde aucune rancune. Les oiseaux viendront lui chanter l’amour. La diversité du monde, les roses, le printemps, la neige, la nature variée, le Mississipi, et au niveau du cosmos les planètes, les étoiles, la galaxie de la chanson « Heavenly » qui nous parle d’un homme sur la lune qui pourrait être Neil Armstrong qui est amoureux d’une fille sur la terre, tous ces éléments innés apportent du bonheur à qui sait le voir. D’ailleurs, l’album renvoie à la chanson « What A Wonderful World » d’Armstrong.
Puis, comme la rotation de la terre, la roue du destin tourne et l’on peut parler de l’acquis chez l’être humain. Pour cela, l’homme doit vivre l’instant présent, ainsi le titre « Forever For Now » parle de l’éphémère et il fond « pour toujours » avec pour « l’instant ». L’unité temps disparaît et devient l’éternité. Cupidon, le fils de Vénus qui est le dieu de l’Amour, pourra viser le coeur de l’être aimé mais le protagoniste ne veut pas attendre. Grâce à Cupidon, le narrateur aura acquis le coeur de celle qu’il aime et dit que « si rien ne dure éternellement », il « ferait mieux de la prendre pour l’éternité ». L’éphémère devient éternité tout comme le sentiment amoureux a toujours existé depuis l’éternité. L’inné devient un acquis.
Sur le plan musical, Armstrong s’est fait un nom par son travail. Musicien doué, né en 1901 à La Nouvelle-Orléans, il a travaillé jusqu’à la fin de sa vie. Avant d’être le musicien et chanteur que l’on connaît, il a fait des petits boulots où comme dans la chanson « Blue Ligth, Red Ligth », il a connu la délinquance et les foyers de réinsertion mais il s’est accroché à la musique. Lorsqu’il connut le succès, il a financé des groupes en faveur des droits civiques et soutenu financièrement Martin Luther King Jr. Il a aussi assuré une rente à vie au fils handicapé mental de sa cousine Flora qu’il a adopté.
L’amour est donc un sentiment qui éclaire le chemin car il s’agit d’un sentiment inné supérieur aux autres sentiments mais qui contient aussi une part d’acquis.
L’amour est un sentiment supérieur car il combat le désespoir et aide à surmonter les soucis. Si dans la chanson « But not for me », le narrateur est pessimiste, en revanche, lorsque le protagoniste dans la chanson « Don’t Get Around Much Anymore » n’a pratiquement plus de volonté parce qu’il n’est plus avec l’être aimé, il s’accroche encore à elle et garde espoir. Il est tenace dans les chansons « Blue Ligth, Red Ligth » et « A blessing And A Curse » où même sourd, il composerait encore, nous disant qu’il créerait un mouvement de plus à la cinquième symphonie de Beethoven s’il pouvait réorganiser l’histoire. Il ne veut pas se contenter de son sort et même pauvre, il se souviendrait encore d’elle. Dans la chanson « With Imagination », il est tenace et affirme qu’il atteindra son but. Il semble pouvoir relever les défis que les dieux rois avaient imposés aux autres dieux de la mythologie tel Sisyphe qui doit faire rouler un rocher jusqu’au sommet d’une colline lequel revient systématiquement au point de départ ou Poséidon le dieu de la mer qui a combattu pendant 10 ans les Titans avec ses deux frères. L’amour provoque la nostalgie dans « Do You Know What It Means To Miss New Orleans? ». Ici les oiseaux sont moqueurs, le Mississipi est paresseux, il y a laissé l’être aimé et c’est ce qui lui manque le plus. Mais il réagira dans la chanson « With Imagination I’ll Get There ».
Ainsi au caractère inné de l’amour vient s’opposer l’aspect acquis notamment par les choix que l’on fait dans « Forever For Now » où il ne veut plus attendre et veut être avec l’être aimé pour l’éternité qui se confond avec l’instant car il l’a choisie dans « It Had To Be You » où il n’a aucune hésitation et pense que l’amour le rendra meilleur et accepte les défauts de l’autre. Idem dans la chanson « It’s Al Right With Me » où il prend le risque de faire une erreur. Il nous délivre sa recette de l’amour dans « Recipe For Love » en nous disant que l’amour a toujours existé et n’est que douceur et poésie qui viennent du coeur, pas besoin de livre pour cela, le coeur étant la vraie magie. La conclusion qui est aussi la récompense, est le mariage. Les chansons « Heavenly » et « We are in love » ont cette fin heureuse.
La conquête du bonheur est un objectif recherché par tout être vivant. Chez les humains, la musique représente un bonheur certain tandis que la mémoire constitue un élément moteur de la recherche du bonheur.
La musique constitue en soi, un bonheur certain. Cet album d’Harry Connick Jr est composé essentiellement de musiques de jazz mais aussi de références aux comédies musicales ou musique classique.
D’une part, Harry semble distinguer le jazz New Yorkais de celui de la Nouvelle Orléans. Armstrong utilisait principalement la trompette alors qu’Harry use de l’orchestre avec une prépondérance dans certains morceaux pour le piano comme dans le morceau instrumental « One Last Peach » ou « I Wish Your Love », « Don’t Get Around Much Anymore ». Mais le plus souvent, Harry utilise tout l’orchestre comme dans « It Had To Be You », intro qui semble nous annoncer un nouveau monde sans doute parce que le protagoniste a trouvé celle qu’il aime et cela change tout pour lui. Il utilise aussi tout l’orchestre pour « Blessing and A Curse » et « We Are In Love », « Blue Ligth, Red Ligth », « Forever For Now » « A Recipe For Love », « You didn’t Know Me When », « We Are In Love ». La batterie est très présente dans « It’s Alrigth With Me ».
Le jazz New Yorkais, se distingue de celui de La Nouvelle Orléans dans « Bayou Maharadjah » ou « Do you Know What It Means To Miss New Orleans » où Dr John a le timbre de voix d’Armstrong. Dans « With Imagination I’ll Get There », Harry rend un fervent hommage à Louis car tout vient de là, ainsi le jazz est né à La Nouvelle Orléans et peut-être que dans la chanson, l’être disparu qui serait devenu la muse et qui manque pourrait être Armstrong.
D’autre part, la musique classique et la comédie musicale, genres aussi prisés par Armstrong sont présents dans l’album et représentés notamment par la chanson « But Not For Me ». Enfin, Harry nous fait la démonstration réussie que le jazz peut aussi être interprété a capella dans « Heavenly ».
La mémoire constitue un élément moteur de recherche du bonheur. Elle est évoquée au travers du passé ainsi que de l’histoire.
Le passé nous est expliqué dans la chanson « You Didn’t Know Me When » et « Blue Ligth, Red Ligth » qui semble se référer au passé de délinquant d’Armstrong. Il a été élevé durant ses 5 premières années par sa grand-mère paternelle née esclave puis il a été rendu à sa mère. Il a vécu dans une très grande précarité matérielle et a été victime de violences. Il a été ensuite recueilli par son père à sa libération du foyer pour jeunes délinquants en 1914 mais il n’ y trouve pas sa place et retourne vivre chez sa mère. Il cherche du travail en tant que musicien et trouve un premier emploi dans une salle de danse. Il joue ensuite du cornet à pistons dans les quartiers chauds de Storyville. Il sut lire la musique à l’âge de 20 ans. Il fit de longs solos de trompette lors de ses représentations. En 1922, il part pour Chicago et enregistre ses premiers disques puis va à New-York. Il alla en 1930 à Los Angeles et fit une carrière mondiale. Il est à noter que le morceau « Melancholy Blues » joué par Armstrong et les Hot Seven, fait partie des musiques embarquées à bord des sondes « Voyager » envoyées dans l’espace.
Ainsi, il n’y aurait pas de fatalité. La détermination a guidé Armstrong et est présente dans l’album d’Harry Connick Jr. Peu importe l’arrivée au monde que ce soit dans le faste comme dans « It Had To Be You » ou comme la petite souris en sortant d’un piège dans « Blue Ligth, Red Ligth », c’est la détermination qui compte, ainsi « Forever For Now » passant outre l’épreuve du temps ou en s’armant d’imagination dans « With Imagination I’ll Get There ». En effet, l’imagination semble être sa planche de salut. Chacun aurait pu être un leader ou simple écrivain comme dans « You Didn’t Know Me When » mais cela ne conduit pas forcément au bonheur ainsi qu’il le dit dans « It Had To Be You » où le bonheur c’est l’être aimé malgré ses défauts.
En conclusion, la vie, c’est comme la musique, toujours en évolution, même sourd l’artiste continue de composer alors pourquoi ne pas ajouter un cinquième mouvement à la symphonie de la vie?


