L’art auprès de l’âtre

Florent PAGNY “C’est comme ça” Album 2009. Editions Mercury Records

“Il y a toujours une part de chance dans la vie

J’ai la chance de vivre en paix

Je fus un mélange, un peu…différent

Vivant sans faire de discours politique ni de poésie

C’est comme ça, c’est comme ça, mon coeur”.

Florent, nous annonce son objectif de paix et revendique son droit à la différence, ayant trouvé sur le chemin l’être aimé. Se pose alors la question de savoir s’il faut croire en la fatalité ou comme il semble nous le dire, lutter pour être heureux? Suivons-nous un chemin tout tracé ou avons-nous à l’écrire? L’amour est-il un guide plus fort que tout?

Florent, avec les métaphores du carnaval, du cirque et du théâtre, de la rondeur du monde, nous dit que tout n’est que recommencement mais qu’il se sent bien « Me siento bien » et qu’ayant trouvé l’équilibre dans ce monde qui semble ne pas en avoir, il ne faut pas s’inquiéter « No pasa nada ». Ceci car il croit au principe de l’universalité de l’amour (I), objectif qui pourrait être atteint par la diffusion des idées (II).

“Vuelvo al Sur”, « Je reviens vers le Sud”, “Comme revient toujours l’amour”, car l’amour universel, si l’on songe à la philosophie des origines du droit international public, est d’une part un droit à la fois naturel et positif (A) et d’autre part, on pourraît imaginer une éthique sociale universelle de l’amour (B).

L’Amour est un droit naturel et positif. En effet, selon Hobbes (1588-1679), les hommes tout comme les princes qui représentent l’Etat dans lequel vivent les individus, seraient en état de guerre permanent de tous contre tous car ils aspirent aux mêmes biens (rares ou exclusifs), luttant pour les mêmes choses : la vie, la richesse, la gloire… et seraient donc en concurrence mortelle. Etendu aux relations internationales, « l’état de nature international » présente les mêmes caractéristiques. Ainsi, la jalousie existe tant en amour, que par convoitise du statut ou du bien d’autrui. Carmen succomba sous le coup mortel de son amant jaloux, des guerres sont provoquées pour capter les ressources naturelles d’un Etat voisin, Hobbes pensant que la seule loi pouvant prévaloir est la loi de la jungle car il assimile le droit des gens “ le jus gentium” à un “un droit de nature” qui justifie toute action orientée vers la conservation de soi, ou, plus largement, la satisfaction d’un intérêt propre.

L’amour, ne peut être réduit au sentiment de jalousie, lequel n’est pas systématique, et peut être heureux car plus fort que tout malgré les doutes et les déceptions, “mieux vaut dire adieu aux adieux” car dit Florent à son aimée “ Si la lumière brille encore, et que nous prenons feu depuis le premier baiser, c’est parce-que la lune est de notre côté. Si la peau nous rappelle encore chaque instant passé hier, quand nous ne faisions qu’un, c’est parce qu’il vaut mieux dire adieu aux adieux” car même si le temps passe, que les gens changent, il lui rappelle que l’histoire qui est la leur, « De la vie, des rêves, les moindres détails, les projets, les réussites, les erreurs” les rendent plus forts dans la vie, ceci même si “ Ça fait mal”. Ainsi, l’amour parviendrait à mettre en échec la théorie de Hobbes, il n’y aurait plus de lutte mais des épreuves surmontées ensemble. Florent dit croire en l’amour éternel car il préfère “ Aimer et toujours aimer”, “de toute son âme”, “vivre chaque instant”, car l’on vit, l’on meurt, et comme au théâtre où les acteurs vont et viennent, c’est toujours l’Amour qui a le premier rôle, qui est le personnage principal.

L’Amour est aussi un droit positif. En effet, selon Hugo De Groot dit Grotius, le droit positif est un droit volontaire, c’est-à-dire voulu par son auteur, qu’il soit ou non imposé par la nature. En droit international, le droit positif serait issu des usages, les princes pouvant s’obliger mutuellement par consentement tacite de la majorité des peuples et s’appliquerait à tout le genre humain comme s’appliqueraient les principes généraux du droit. Cette conception ne vaut pas car il n’existe pas pour Grotius de personnalité morale de l’Etat, le peuple (gens) est plus une collection d’individus qu’un sujet distinct (le peuple ne serait pas un mais plusieurs). Emer de Vattel, en 1758 dans son ouvrage “Le Droit des gens ou principes de la loi naturelle”, établit un lien entre droit naturel et droit positif qui ne résulte pas directement de la nature humaine mais du consentement des nations, lequel peut être présumé ou exprès. Le droit des gens positif peut être distingué suivant trois catégories : le droit volontaire, issu de la volonté présumée des Etats, le droit conventionnel issu de leur consentement exprès et le droit coutumier issu de leur consentement tacite. La théorie contemporaine du positivisme ne s’occupe ni de politique, ni de morale, d’équité, de justice ou de philosophie. Elle se base sur trois éléments : la compétence du législateur, la régularité formelle de la norme et des procédures de son édiction ainsi que sa force obligatoire. Pour Dionisio Anzilotti (1867-1950) le “véritable droit international” est le droit positif qui résulte, dit-il, “de règles acceptées par les Etats dans leurs rapports mutuels”. Ainsi, la volonté des Etats explique-t-elle le caractère obligatoire du droit international public. Cependant, Anzilotti changera de conception, et sans s’éloigner de l’idée de volontarisme, il affirmera que le droit est issu de la volonté des Etats qui ne sont tenus à un devoir international qu’autant qu’ils y ont consenti et dans la seule mesure de ce consentement.

Florent, dans une démarche positiviste, proclame le droit d’aimer “Je préfère tout perdre mais pas l’espoir, je préfère risquer, je préfère mourir d’avoir essayé d’embrasser chaque instant de la vie, un instant fugace”. “ Adieu maudite solitude, adieu à la fatalité, j’ai choisi de suivre la vérité et pour destin l’amour. Il n’y a pas de phrase d’encouragement que je ne veuille écouter, le monde n’a pas besoin d’être sensé, parfait, Il vaut mieux rire, il vaut mieux pleurer, il vaut mieux mourir d’avoir essayé”. Florent veut saisir le bonheur car le temps s’écoule et il aime le bonheur simple. Il assume son choix. Il invite celle qu’il aime à dîner, c’est la fête, il prévoit un repas et un décor simples, il ne veut pas être un ami mais vivre une histoire d’amour. Ceci, car avec elle, il se sent bien.

Une éthique sociale universelle de l’amour pourrait être imaginée. Car de l’amour, naîtrait la solidarité. Jean-Jacques Rousseau ne croyait pas au droit international public car il pensait que pour pacifier leurs relations, les hommes ont édifié des cités politiques chacune avec leur droit civil propre. Si l’on prend en exemple les différents contrats de mariage : en Angleterre, il n’y a pas de choix de contrat de mariage prévu, alors du point de vue du droit français, le couple est supposé marié sous la séparation de biens par défaut tandis qu’en France, le choix du régime matrimonial est prévu et à défaut, le droit commun, c’est la communauté réduite aux acquêts. Rousseau pense que la division de l’humanité en Etats distincts et séparés est une cause de guerre. Dans ces conditions et faute d’un contrat social international auquel il ne croit pas vraiment, le droit international serait une chimère tel qu’il l’exprime dans son “Discours sur les origines et les fondements de l’inégalité parmi les hommes” (1754).

Pour Georges Scelle (1878-1961), tout groupe social est fondé sur la solidarité qui rapproche ses membres. L’éthique sociale joue un rôle fondamental, car les sentiments répandus dans un groupe social donné constituent le fondement de la mentalité collective. Cette éthique sociale est l’origine du droit, sa source matérielle. Ainsi, un certain état des moeurs, des pratiques et des aspirations sociales préexiste avant que la règle de droit ne soit consacrée par le pouvoir ce qui la distingue de la source formelle (seule étudiée par les juristes) qui est la procédure de création officielle du droit. Le législateur s’inspire de l’éthique et des pratiques, le pouvoir s’inquiète donc des exigences sociales et les formule en règle juridique. Pour Scelle, cela vaut aussi bien en droit interne qu’en droit international à la différence qu’au niveau international se côtoient plusieurs pouvoirs au lieu du pouvoir unique d’une nation.

Florent pense que la valeur amour est source de paix, il se sent bien, et qu’il ne faut pas s’inquiéter car “dans sa folie, il existe un monde cohérent et sa sagesse constitue un monde à part de celui des gens”. Il dit que la roue tourne et que le monde tourne aussi et tout recommence mais qu’il ne faut pas perdre espoir. Il faut lutter, être esclave du temps, c’est comme être dans un volcan près d’exploser. Cet égoïsme de ce monde conduirait donc à la guerre. Alors, il préfère croire à la cohérence des éléments, et le malheur s’en ira.

L’opinion publique, le regard d’autrui peuvent être destructeurs. Son amante infidèle lui a fait du tort, alors plutôt que la guerre, il choisit de l’oublier, de ne plus jamais la nommer.

L’universalité de l’amour serait un objectif à atteindre par la diffusion des idées, ceci au moyen de la discussion d’une part (A) et de l’enseignement d’autre part (B).

La discussion serait favorisée par le chemin parcouru avec son ami que le hasard met sur sa route et qui lui dit qu’il peut l’accompagner. Son ami lui dit de prendre son temps, qu’ils étaient faits pour se rencontrer, ils refont le monde en une seconde, ils rêvent, rencontrent des femmes, boivent du vin, profitent des plaisirs de la vie, s’affranchissent des frontières tel Gardel dont on ne connaît pas la nationalité d’origine et qui a fait carrière en Amérique centrale et latine. Ils célèbrent la liberté, le fait de prendre son temps en fait partie.

Au lâcher prise de ce voyage, pour être libre et libre d’aimer, Florent oppose le fait qu’il nous dit qu’il faut lutter garder espoir et être tenace. “C’est comme ça”, il faut chercher la solution, ne pas se complaire dans la mélancolie et savoir tourner la page, affronter qui l’on est, admettre ses erreurs. C’est le courage qui fait que l’on peut être heureux, non la lâcheté. Florent continue de croire en son avenir, connaissant sa propre valeur.

Il y a toujours à apprendre et l’enseignement est un moyen de diffusion des idées par l’étude mais aussi par la transmission des traditions.

L’étude se fait en écoutant et par l’éveil intellectuel. Florent veut profiter de chaque instant de la vie et pour cela, retrouver l’innocence en redevenant l’enfant qui comme avant, par l’intellect, s’éveille au monde, sans se réveiller, sans perdre l’innocence. Il est prêt à affronter le monde avec ses qualités et ses défauts. Personne n’est parfait, aimer l’autre c’est aussi l’aimer pour ses qualités malgré ou pour ses défauts. L’enfant n’a pas d’a priori et est censé accepter l’autre pour ce qu’il est.

Pour devenir maître, maître de sa vie, il faut d’abord avoir été apprenti, c’est-à-dire travailler car c’est en travaillant, que l’on apprend. Ainsi avant d’être professeur de math, il faut apprendre à compter. Il ajoute que personne n’appartient à personne. La liberté s’apprend aussi. L’on peut acheter un bien, en être le propriétaire mais depuis l’abolition de l’esclavage, tous les êtres humains sont des personnes il n’y a plus d’esclaves, eux qui étaient considérés comme des choses donc privés de droits.

L’enseignement des usages comme faire la fête pour de grandes ou belles occasions, s’apprend aussi. Florent parle de réveiller les voisins. Il sous-entend que les excès doivent être maîtrisés et évités. Faire la fête n’est pas forcément faire des excès. Le repas et le décor sont simples. Il est seul avec l’être aimé. Il lui dit qu’il n’y aura pas d’autre invité. Ce sera la fête car ils vont passer à une autre étape de leur relation, ils ne seront plus amis mais un couple.

L’amour est universel même si les cultures varient d’un pays à l’autre. Gardel avait un succès mondial. Le nom de son père est resté inconnu ainsi que sa nationalité. Sa mère était d’origine française émigrée en Argentine. Il eut une carrière de grand chanteur de tango argentin.

En conclusion, peut-être que l’amour entre les peuples devrait guider la conduite des échanges internationaux qu’il s’agisse des sujets au sens de personnes, des Etats ou des organisations internationales. Le droit moderne a créé des sujets de droit, personnes physiques ou personnes morales, dont les droits sont énumérés dans des traités internationaux tel le Pacte sur les droits économiques, sociaux et culturels de 1966 ou la Convention de Genève de 1951 faisant devoir aux Etats signataires dont celui recevant les réfugiés, de les mettre à l’abri des persécutions qu’ils éprouvent à l’égard de leur Etat d’origine dont l’Etat hôte est le partenaire. Le 10 décembre 1948, était adoptée par 58 Etats membres, la déclaration universelle des droits de l’homme à Paris et en 1989 était adoptée la Convention relative aux droits de l’enfant à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations Unies. Des voies de recours en justice sont aussi offertes par des traités. Des droits individuels donc, la vie, la liberté, la sûreté, les croyances, les associations, ou des droits collectifs pour les groupements, la protection des activités tel le Pacte de 1966 évoqué supra, la protection contre des pratiques telles la torture, les discriminations, la liste n’est pas exhaustive. Aux droits répondent des obligations comme le respect des droits de l’Homme évoqué plus haut, ou en matière économique par exemple, la mise en place d’un impôt mondial sur les multinationales décidé le 15 décembre 2022 par les 27 pays de l’Union européenne. Cette nouvelle taxation provient d’un accord signé auparavant par près de 140 pays et prévoyant un impôt de 15% minimum sur les bénéfices des entreprises. Cet accord doit entrer en vigueur à la fin 2023. Enfin, est créée une responsabilité pénale internationale réprimant les crimes de guerre tels les crimes contre l’humanité.

Comme en amour, les Etats doivent donc négocier, tenir compte des particularités de leur partenaire afin de vivre en paix, “L’amour, c’est comme ça”.

Sources :

Album CD de Florent Pagny “ C’est comme ça” 2009 Editions Mercury Records

Denis Alland “Manuel de droit international public” 9è édition refondue PUF 2022, juin


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