L’art auprès de l’âtre

Debussy, un musicien lumineux

Un artiste qu’humble mélomane, je ne me lasse pas d’écouter, Claude Debussy. Rendons-lui justice ainsi qu’à Pierre Perret. Debussy né le 22 août 1862 et décédé le 25 mars 1918, n’a pu connaître les idées nazies d’Hitler car celui-ci a écrit son livre « Mein kampf » entre 1924 et 1925. Pierre Perret, dans sa chanson de 1977, « Lily », dénonce le racisme et utilise comme métaphore celle de la musique en disant que le refrain du racisme séduit comme la musique séduit le plus grand nombre. Ainsi, Pierre Perret oppose la littérature de Voltaire et d’Hugo partisans de la liberté, au refrain raciste. Au-delà des couleurs, Perret prend comme exemple les notes blanches qui font deux temps opposées aux notes noires d’un temps. Peut-être nous dit-il, qu’il faudrait changer de temps et aller vers la tolérance et l’égalité des droits. Il cite le nom de Debussy, musicien né un siècle plus tôt et décédé avant le nazisme et tout comme pour Lily, Perret fait d’un innocent la victime de préjugés, faisant abstraction de la douceur de sa musique que l’on censure par des refrains racistes. La haine des gens racistes couvre la douceur de la tolérance. Derrière Debussy, combien d’artistes sur le modèle du musicien, sont-ils victimes de censure par la cacophonie des préjugés?

Alors, concentrons-nous sur le trésor. Je ne connais pas toute l’oeuvre de Debussy, mais l’album de 1996 « Claude DEBUSSY Estampes, Pour le piano, Images » interprété par Jean-Claude Pennetier est magnifique tant pour ses oeuvres que pour son interprétation. Le livret du CD explique que Debussy connaissait bien les tableaux du peintre Joseph Mallord WilliamTURNER et qu’il s’en est probablement inspiré pour composer notamment « Estampes » et « Images », musiques imprégnées de couleurs. Ainsi, aucune obscurité dans ces oeuvres, tout est lumineux. La joie, l’espièglerie parfois, sont présentes. Notes sautillantes, enjouées. Dialogue intime avec Rameau, compositeur considéré comme étant le plus prestigieux. Parfois, la musique murmure à notre oreille de voir, d’entendre comme la musique est belle et comme son compositeur semble heureux . En effet, si l’on cherche ce que veut nous inspirer sa musique, l’on peut percevoir de la lumière dans chacune de ces oeuvres et se laisser entraîner dans ses contes musicaux.

D’une part, la lumière est présente dans chacune des pièces musicales de Debussy. En effet, de l’écoute de cet album ressort une impression de douceur que le compositeur met en couleurs.

Debussy exprime la douceur car il n’y aucune note d’attaque dans cet album. Tout au plus, des notes plus appuyées pour un bref instant, entourées de nuages de douceur. La musique débute dans la douceur, devient plus vive, puis se radoucit, murmure. La délicatesse est présente dans chaque pièce musicale, c’est la clé de sol de Debussy. Le musicien semble heureux, alors l’auditeur aussi. « Pagodes » en est un exemple, mais aussi « Cloches à travers les feuilles » où il n’y aucune gravité. Ce ne sont pas les cloches qui appellent au rassemblement pour la guerre, mais celles des événements heureux. Baptêmes, communions, mariages, il s’agit des cloches qui purifient. Elles sont légères comme du cristal.

Debussy, grand amateur de peinture, transmet des couleurs. Ainsi, même dans le plus obscur paysage peint par Turner, il y a toujours un rayon de lumière ou un point lumineux. Dans ces oeuvres de Debussy, aucune obscurité, tout est lumineux. « Le jardin sous la pluie » semble illuminé sous le soleil, la pluie est joyeuse, la musique dansante. Par sa musique, en créant des émotions, Debussy transmet des couleurs, douces, pastel, vives et aérées. La dextérité et la sensibilité du pianiste participent de ces émotions que Debussy nous fait ressentir.

D’autre part, Debussy semble être par ses estampes ou images, un conteur musical que le soleil n’a jamais quitté.

Les titres de ses pièces musicales nous mettent sur le chemin que l’on peut suivre ou pas. Par exemple, « Soirée dans Grenade » m’inspire l’image d’un prétendant au balcon dans un jardin d’Espagne près d’un grenadier disant des mots doux (notes douces, murmures) à sa dulcinée. C’est une après-midi ensoleillée, un amoureux jaloux (notes plus appuyées) se dissimule derrière un chèvrefeuille et essaie d’écouter ce qu’ils se disent. Les notes rapides, les arpèges, font penser à un petit groupe de curieux attiré par la curiosité car il a ouï-dire que la jeune fille aurait un amoureux. Le prétendant rejoint sa dulcinée sur la balcon. Puis, « Jardins sous la pluie ». Il y a du soleil, mais il commence à pleuvoir. L’homme jaloux hésite entre se précipiter chez la jeune fille ou faire demi-tour. Des arpèges, refrain inspiré de « Nous n’irons plus au bois », puis notes plus douces, ralenties, le couple songe à s’enfuir par le corridor puis un passage secret. Ils sortent de la maison. Personne ne les a vus, ni l’homme jaloux, ni le petit groupe.

La toccata issue de « Pour le piano » utilise de nombreux arpèges qui pourraient inspirer l’image d’aiguilles à tricoter pour le montage d’un pull. Le pianiste est un virtuose, des laines de couleurs différentes se croisent et se décroisent. Un magnifique pull qui semble difficile à monter et qui a dû demander beaucoup de travail !

La pièce musicale « Reflets dans l’eau », peut inspirer une image différente. L’on pourrait songer à des crayons de couleur et poursuivre l’idée avec « Mouvement » où, si l’on pense au « Fantasia  » de Disney, par exemple, l’on pourrait imaginer crayons de couleur cherchant à colorier une page. Le dessinateur trace le canevas au crayon gris, puis il choisit les couleurs alors qu’elles rivalisent pour la place. Légèreté des notes, notes plus appuyées pour les traits épais, couleurs claires, vives, puis ralenties, murmurées, traits fins. Le dessin est colorié. Brille un beau soleil.

Le soleil, en effet, n’a jamais quitté le musicien. Même sous la pluie, les rayons persistent. Une oeuvre lumineuse, et dans la musique « Prélude », certains accords semblent avoir inspiré des compositeurs de jazz. Les « Poissons d’or » semblent nager heureux, dans une rivière baignée de soleil, « Et la lune descend sur le temple » avec douceur et délicatesse, comme pour chacune de ces musiques telle la « Sarabande » feutrée et toute en douceur. L’«Hommage à Rameau» est humble,délicat et admiratif. L’imagination de Debussy entraîne celle de l’auditeur.

Debussy aura donné du bonheur aux personnes qui l’auront écouté, et ceux qui ne l’auront pas entendu auront probablement eu du bonheur en écoutant d’autres compositeurs. Comment se passer de musique? Il est heureux qu’elle soit indispensable.

Source : Album CD «Claude Debussy Estampes Pour le piano Images» par Jean-Claude Pennetier Editions LYRINX 1996


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *