« Tu as demandé ma peau lisse ne me quitte pas », ainsi pourrait s’exprimer un homme pervers vis-à-vis de sa partenaire qui le menacerait d’appeler la police. En effet, Vincent Baguian, l’index devant la bouche, s’imagine en femme soumise malgré ses avantages qu’un homme pourrait lui envier : la beauté, le parfum, la maternité. Mais bien que renvoyant une image de bien-être, (masque pour le visage et rondelles de concombre sur les paupières), elle serait malheureuse sans s’en apercevoir ou bien elle serait réduite au silence car sous l’emprise d’un homme tyrannique et dominateur. Baguian semble se demander comment lutter contre les violences faites aux femmes? En effet, dans un premier temps, le danger s’immisce dans le couple (I) alors l’auteur propose dans un second temps, des moyens afin de lutter contre ce fléau (II).
Malgré le charme ainsi que les bonnes intentions des débuts tels que racontés dans la chanson « Avec une histoire d’amour » qu’il souhaite durer toujours, le danger s’immisce finalement dans le couple » Si parents modèles/ Au moins fidèles à nos enfants/ Nous avions pour eux /Su tenir un peu/ Quitte à faire semblant/La valeur d’exemple/Aurait été un temple/Plus convaincant/ Que nos beaux discours/ Qui leur parlent d’amour/ Sans en faire autant ». Le danger alors, se manifeste au travers d’un déséquilibre dans le couple (A) qui provoque des conflits (B).
Le déséquilibre pourrait être évité par les compromis réciproques pour lesquels, avec humour, le chanteur cite des exemples dans la chanson « C’est pas gagné d’avance », l’essentiel étant de tout faire « pour/ Pas casser pas casser/ Ce qu’il y avait les premiers jours ». En effet, l’une des atteintes à l’équilibre du couple citées dans l’album, est par exemple, l’infidélité exprimée dans la chanson « 06.12.34.62.33 » où l’homme adultère harcèle sa partenaire bien qu’étant par ailleurs marié. Cette situation renvoie à l’idée de l’hypocrisie de la chanson 12 « Je ne t’aime pas » où l’homme a une aventure avec une femme qu’il ne respecte pas. Il la méprise. Il est à noter que cette chanson figurait dans un précédent album « Mes chants » où au lieu de dire « Et je n’ai connu le plaisir/Qu’en t’entendant enfin dormir » il dit que c’est en l’entendant enfin partir. Mais le contexte de cet album » Ce soir c’est moi qui fais la fille » est celui d’une femme sous emprise donc elle n’est pas partie, elle dort. Enfin, l’argent de la chanson « Ouh! Ouh! Je hue » est un obstacle au départ de certaines femmes qui craignent de ne plus avoir de moyens financiers. Baguian dit que la misère humaine atteint toutes les classes sociales. Les plus fortunées affichent une vitrine qui peut cacher une certaine détresse exprimée au travers du « vison de ta mère » où l’âme est dépecée par l’homme tyrannique hué par le chanteur. Le thème des femmes battues est plus facilement évoqué dans les classes sociales moins aisées qui avec leur concombre sur les yeux, envient l’argent affiché sans voir la détresse de ces femmes fortunées elles aussi aveuglées par leurs rondelles de concombre. La misère ne connaît pas la différence de classes. Ainsi, sont critiqués les oppresseurs et les envieux au travers de la métaphore de la voiture: « Rouler des mécaniques/ Le chic du fric/ Super, écraser en Ferrari/Le moral du chômeur éconduit/ Maintenir ses distances/ Panne de décence/ L’être humain rétrograde à fond/ Cervelle sans plomb/ Plus du tout révolutionnaire/ Le peuple bave à la portière/ Rêve de luxe nouveau moteur/ Qui vient polluer le bonheur. »
Certains conflits vécus par les couples entrainent une dérive violente.
Ces conflits ont pour terreau fertile le silence des femmes battues. « La chanson police secours » raconte le chantage psychologique d’un homme envers sa partenaire qu’il fait souffrir: Elle : « Mon coeur qui fait le gyrophare/Au rythme de ta contredanse » Lui : « T’as demandé ma peau lisse ne me quitte pas ». L’homme dans sa relation est le chef puisque « Car avec ton képi/J’ai les sens interdits » et la tyrannise. Ce silence conduit la victime à l’isolement car elle a peur donc elle n’ose pas appeler police secours tel qu’il est expliqué dans la chanson « Je suis une tombe » où la police dit aux gens d’appeler police secours lorsqu’il y a un danger » Avant de te prendre la main/Il faut que ma peur cesse enfin/Au fond de moi reste gravé/Que tout peut s’arrêter / Du jour au lendemain » car de nombreuses femmes battues meurent en silence sous les coups de leur mari. Ainsi, Baguian rappelle « Je ne parle pas d’un pays/Mais de toutes les Arménies/ Quand s’ajoute à la blessure/ L’insoutenable injure/ des morts que l’on renie ». Cette emprise sur les êtres humains est aussi évoquée à travers les sectes dans la chanson « On t’aime Vincent Baguian » où un chanteur profite des fans qu’il utilise pour un soir puis les jette et ne pense qu’à être adulé et à se faire de l’argent.
Les conséquences de cette emprise mentale qui touche « même des gens célèbres », sont la soumission des femmes, et dans un esprit de domination, la guerre avec la métaphore de l’Arménie ainsi que la mort Ceci malgré les mesures prises par les gouvernements afin de lutter contre les violences telles que décrites dans la chanson « Je gagne ma vie avec les morts » où bien que police secours soit « ouvert 7 jours sur 7 », « les mesures contre la clope et l’alcool au volant » ne sont pas suffisantes car un pan de la société se détruit et va à contre-courant des mesures de sauvegarde pour des raisons de profit avec la métaphore des pompes funèbres dont le métier est de fabriquer des cercueils.
Le chanteur, combatif, exhorte les femmes à lutter contre les violences qui leur sont faites en faisant d’une part, appel à leur courage (A) et d’autre part, en leur disant de quitter le pervers qui les tyrannise (B)
Le courage est nécessaire car dans la chanson « L’escargot », l’emprise que les femmes subissent les freine pour sortir de leur situation ainsi « Mais suite à des tests psychologiques/J’ai un bilan catastrophique/Ok, j’annonce le résultat/Mais soyez gentils, vous moquez pas/ Je suis un escargot/ J’avance pas, j’en bave avec mon crédit sur le dos/ Je suis un escargot/ Je m’écrase facilement, je ne sais pas me défendre dans le zoo ». Mais Baguian rappelle que le tyran est un lâche qu’il décrit ainsi « A peine plus évolué que la limace/ Ma seule ambition, c’est de laisser une trace » car le tyran veut marquer sa proie et être le maître. C’est le but de l’emprise. Baguian renvoie au dépeçage de la victime » Jamais de réaction brutale/ Pas de pulsion phénoménale/ A peine un instinct animal/ Je suis la victime idéale ». Elle est piégée.
La police quant à elle, perd ses illusions en raison de son manque de moyens exprimé dans la chanson « L’escargot » : « Moi je me voyais super héros/ Cap’de tout avec ma cape de Zorro/ je me croyais fortiche, le grand sauveur/ Qui surgit dans la nuit, sans jamais avoir peur ». Puis est évoquée la dépression qui atteint à la fin certains policiers : « Finis les rêves de supers pouvoirs/Je me traîne dans la vie et puis point barre/ Il faut supporter que les gens rigolent/ J’ai des cornes sur la tête et en plus elles sont molles » ce qui semble dire que l’uniforme n’est plus pris au sérieux. Puis, lorsqu’ils sont face aux contrevenants « Je n’ai pas de cri, pas de grosse voix/ Quand le lion rugit, je reste coi » mais malgré leur manque de moyens, ils arrivent à repousser l’ennemi » Pour me chasser il suffit d’un seau/On peut se demander si j’ai un cerveau ».
La solution consiste aussi pour les femmes battues, à quitter l’homme pervers qui les fait souffrir. Pour ce qui est de l’écueil de l’argent, Baguian leur dit que l’argent est moins important que leur sécurité dans la chanson »Je suis content » « Après j’ai pas pleuré en décachetant les factures/ J’ai pas eu peur des impayés, ni qu’on vienne me couper l’eau/ J’ai sifflé un air gai en me débarbouillant la figure » (…) « Mais qu’est ce qui m’arrive, je suis content/ Je profite de la vie, sans souci/Du prochain malheur qui m’attend (…) « Et la vie vaut la peine ». Afin de quitter le tyran, la victime peut se faire aider par un psychologue car le tyran exerce aussi une violence psychologique.
En conclusion, la chanson « Je suis une tombe » ne parle pas seulement de la haine qu’a subi un pays, mais de la misère qui atteint toutes les classes sociales « même des gens célèbres ». La guerre dans le couple comme entre les Etats ou les communautés est dévastatrice. La mémoire survit, telle une ombre.



Une réponse à “« Ce soir c’est moi qui fais la fille » Vincent BAGUIAN éditions Opendisc 2007”
Critique sobre, très clairement exprimée. Lecture agréable.
J’ai bien aimé.