L’art auprès de l’âtre

Réflexion sur la place du rap dans l’univers musical

Le Rap, genre musical qui a pris de l’ampleur dans les années 90, notamment par la voix d’ MC Solaar, dont il est reconnu qu’il est un poète, a évolué par la suite de façon plus musclée à travers différents groupes abordant entre autres thèmes, celui de la délinquance et en usant d’un vocabulaire violent. Mais peut-on réduire le rap à cette thématique? Le rap est-il un art qui se cantonne aux sujets graves? Ainsi l’on pourrait d’une part, s’interroger de savoir si rap et misère constituent un même combat et d’autre part, chercher le bonheur dans les chansons de rap.

Le rap, genre musical caractérisé par des phrases parlées cadencées sur de la musique, traite principalement de sujet dits « sociaux » et plus particulièrement des difficultés auxquelles est confrontée la jeunesse. C’est ainsi que premièrement, se pose la question de savoir si rap et misère constituent le même combat. En effet, l’on peut constater que selon les artistes, l’approche de l’échec diffère et qu’ils ne suivent pas tous une même quête.

L’approche de l’échec diffère selon les artistes, et l’on pourrait prendre comme exemple deux artistes aux univers musicaux aux antipodes l’un de l’autre, El Matador et Enrique Iglésias.

Tout d’abord, El Matador et son album « Parti de rien ». Il s’agit d’un artiste qui a beaucoup lutté pour pouvoir exister sur la scène musicale française. Il vient des quartiers populaires de Marseille et raconte le chemin qu’il a parcouru pour pouvoir diffuser son rap. La misère est omniprésente durant tout l’album, et afin de transmettre son sentiment de révolte, il utilise un vocabulaire violent, parfois des menaces de mort, parle d’une jeunesse paumée entre armes, drogue et prostitution ainsi que du cache-cache avec la police. Il s’agit de l’univers de la délinquance ponctué de provocations, de jeux de mots parfois humoristiques « Chez nous, même les culs de jatte font des délits de fuite ». Le bon et le mauvais se mélangent, tout en faisant la morale il la méprise aussi.

Ensuite, à l’opposé, l’univers d’Enrique Iglésias lorsque ses amis rappent sur ses chansons. Pas de fatalité, avec le rappeur Farruko il dit qu’il prend ses responsabilités dans « Me pase » où il reconnaît avoir fait un peu trop la fête et être infidèle à répétition (corollaire de la fête très arrosée). Le rythme est dansant, joyeux, dédramatisé. Même joie dans « Subeme la radio ». Sur le même rythme dansant (le reggateon), il supplie sa dulcinée de le rejoindre. Enfin, dans « Duele el corazon », il essaie de convaincre sa dulcinée de quitter l’homme qui la fait souffrir pour partir avec lui. Toujours dans la joie, l’optimisme et le partage. Pas de misérabilisme, mais de l’entraide, aucune violence mais de l’empathie, de la réciprocité.

D’autre part, la distinction entre ces artistes tient peut-être au fait que la quête n’est pas la même. En effet, ce sont les valeurs qui guident l’être humain dans sa quête et celles véhiculées par El Matador sont éloignées de celles revendiquées par Team BS.

En effet, El Matador cherche la réussite avec pour préoccupations essentielles celles de la gloire et de l’argent dans son album « Parti de rien ». Il explique de façon caricaturale que pour la jeunesse des cités, tous les moyens sont bons : vendre et prendre les armes, la prostitution, la drogue, les délits, la prison. Il semble oublier qu’il existe des exemples contraires et des moyens légaux de réussir. Ainsi, Team BS, avec sa chanson « Destin » Sindy parle de son avenir grâce à son travail et la force de sa conviction. Il n’est pas question pour Sindy d’utiliser des voies détournées. Elle est soutenue et encouragée par ses co-équipiers de l’album. Dans la chanson « Team BS », ils expliquent qu’ils font équipe et que malgré les ennuis ils ont « de vrais, vrais frères » et que pour arriver à leurs fins, qu’ils ne sont « pas prêts à tout pour leur plaire, plaire, plaire (à la société) ». Valeurs diamétralement opposées où dans la chanson la plus joyeuse d’El Matador, il invite les auditeurs à Marseille, chantant la douceur de vivre en appuyant sur les clichés de la farniente, de la drague et de la triche, tandis que Team BS reproche aux ambitieux qu’ils en auront « jamais assez » parlant de la gloire et de l’argent.

Deuxièmement, le bonheur peut aussi exister dans les chansons de rap où l’amour peut être le plus fort et l’artiste peut rapper pour dire qui il est.

L’amour peut être le plus fort et être vainqueur malgré la déception. El Matador parle d’une ado de 16 ans paumée qui est abusée par les hommes dont elle tombe amoureuse et fugue. Elle finit par trouver un homme qui l’aime mais elle est placée en foyer. L’artiste nous parle d’amour impossible pour cette fille qui est paumée. Le décor est glauque, comme si le véritable amour était interdit aux filles des cités. A l’opposé, Enrique Iglésias ne croit pas en la fatalité. Il parle d’amour festif même s’il n’est pas sérieux. Ainsi dans « I like it », il dédramatise et l’amour n’est pas interdit. Il est évident que des situations telles que celles racontées par El Matador existent, mais pourquoi ne pas entrevoir d’issue? Pourquoi être fataliste? Enrique dans le remix avec Wisin & Yandel de « gracias a ti », raconte qu’il a eu des avaries mais remercie la femme qu’il aime de l’avoir aidé. La solidarité est le leitmotiv des passages rappés de ses chansons.

Par ailleurs, l’artiste rappe aussi pour dire qui il est. L’on pourraît opposer l’égo très présent d’El Matador à l’espoir véhiculé par Team BS qui a un esprit d’équipe. Pitbull a un morceau rappé dans « Let me be your lover » où il parle d’amour pour s’amuser mais où Enrique dit ne pas regarder à la dépense pour celle qu’il aime. Dans « No me digas que no », il dit ne pas avoir de mauvaises intentions. Enrique et ses amis sont toujours dans la séduction tandis que d’autres artistes restent dans la révolte.

La musique a cet avantage, de plaire par sa diversité à des publics différents, chacun puisant ce qui l’intéresse par goût, par curiosité, en questionnements et pour certains, en réponses. Les artistes véhiculent des courants de pensées dont le but est de faire réfléchir l’auditoire qui est libre d’y adhérer ou pas. C’est ainsi que par la réflexion, l’être humain fait des choix de société.


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