Réalisé par Sam Mendes
1999
L’Amérique, un an avant le passage à l’An 2000. Une rue, des maisons, des familles à la vie ordinaire. Si l’on zoome sur ces vies, sont-elles vraiment ordinaires? En les observant, une question se pose : peut-on rendre le monde meilleur? En effet, tel ce sac plastique vide, léger, qui se laisse porter par le vent, s’envole, redescend, peine à prendre de l’élan, l’Homme et ainsi le monde, apparaissent fragiles. Alors, optimiste, le réalisateur nous donne sa recette du bonheur.
Dans un premier temps, la fragilité de l’Homme est soulignée par le fait que d’une part, l’Homme est mené par les apparences, et d’autre part, que l’innocence est maltraitée par l’Homme.
L’Homme est mené par les apparences, ainsi que l’exprime la situation de Caroline, agent immobilier, épouse de Lester, mari transparent considéré comme étant un éternel looser. Elle a pris un amant, emblème de la réussite sociale désigné comme étant « le roi de l’immobilier » qui lui fait part de sa propre philosophie : « Pour attirer la réussite, on doit commencer par donner l’impression de réussir en toutes circonstances. » Les apparences peuvent donc donner une image mais peuvent avoir aussi comme conséquence la soumisssion de l’individu.
L’image que l’on se donne, comme le film montrant la rue avec des maisons, ainsi que le couple formé par Lester et Caroline parents d’une adolescente, Jane, peut correspondre à une réalité fragile qui est toute autre. Lester dit que son mariage est « tout sauf normal » car ils n’ont plus de vie couple et la famille passe son temps à se faire des reproches. Lester, dont le métier est celui de l’mage puisqu’il travaille dans la publicité, est sur le point de se faire licencier. Il n’a donc pas de sécurité de l’emploi car sa société veut dégager des liquidités et fait donc des coupes dans le personnel. Agée de 17 ans, Angéla la jeune amie de Jane, veut être mannequin et est donc obsédée par son apparence physique, elle répète qu’elle se trouve très belle. Elle ne veut surtout pas être ordinaire et s’invente des aventures amoureuses qu’elle dit avoir commencées dès l’âge de 12 ans, car elle inspirerait chez les hommes qui l’aperçoivent, le désir. Elle invente des exploits amoureux notamment avec un photographe car elle raconte qu’il faut « coucher » pour réussir dans le domaine de la mode. Angéla, adolescente rêveuse, se crée un personnage fantasmagorique venant souligner la fragilité de l’adolescence.
Les apprences peuvent aussi être issues de l’image que l’on nous donne et que l’on peut désigner comme étant le regard d’autrui, telle cette caméra que Ricky, le voisin âgé de 18 ans de Jane, 15 ans, utilise pour filmer le quotidien de Jane mais aussi tout ce qu’il trouve beau : un sac plastique qui vole, une clocharde morte gelée dans la rue, un oiseau mort. Fragilité des situations, attirance de Ricky vers le vide : le sac plastique est vide, l’oiseau et la clocharde sont morts, Ricky se drogue et deale. Jane, quant-à elle, est paumée. Ainsi, Ricky faisant visionner à Jane le film du sac qui vole au-dessus du trottoir, souligne la fragilité de l’interprétation. Lui n’y voit que la beauté. Mais qu’est-ce que la beauté? Angéla qui se vante d’être belle, se dispute avec Jane et lui reproche d’être moche. Ricky, en colère, répond à Angéla que c’est elle qui est laide. Par ailleurs, l’indiscrétion, le voyeurisme, peuvent entraîner des erreurs d’interprétation, tel Frantz, le père de Ricky, colonnel chez les Marine’s qui imagine que son fils se prostitue car il l’a observé par la fenêtre de sa maison mais l’image était tronquée par les abattants en bois de la fenêtre de Lester qui lui cachaient une partie de la scène. Ricky préparait de la drogue pour Lester qui était à moitié allongé torse nu sur un fauteuil. Réaction violente du père de Ricky au retour de celui-ci. Ricky va devoir se soumettre.
La soumission provoquée par la violence née des apparences trompeuses est due aussi à l’idéal nazi d’un père qui se croyait au-dessus de tous et infaillible. Ricky, confronté à la violence des coups qu’il reçoit de son père, va lui mentir, lui disant ce qu’il veut entendre afin de le calmer. Un jour, avant que son père n’attaque, il prononce des propos homophobes allant dans le sens de Frantz. Un autre jour, lors d’une attaque, il reconnaît avoir besoin de « structure et de discipline » et à la fin, lors de la méprise de son père lorsqu’il préparait la drogue pour Lester, il avoue se prostituer et provoque Frantz en faisant de faux aveux que son père ne peut supporter d’entendre. Il jette donc son fils à la rue après l’avoir cogné. Ricky conclut en disant à la fin de ses faux aveux ‘C’est grave de se punir à ce point ». Parle-t-il pour lui ou pour son père, ou les deux? Frantz exerce aussi une violence psychologique sur son épouse qu’il a détruite. La première phrase qu’elle dit à Jane lorsque Ricky la lui présente, est faite d’ excuses pour l’état de sa maison alors qu’elle est propre et rangée. Elle s’inquiète de l’apparence de la maison.
L’idéal Nazi de Frantz a détruit son épouse et son fils et va le pousser au meurtre jusquà l’autodestruction lorsqu’il s’apercevra que lui-même a une attirance envers les hommes et qu’il sera repoussé de ses avances par Lester. Frantz sera obligé de constater qu’il n’est pas supérieur aux Hommes. Son idéal fragile s’est effondré.
Ainsi, le réalisateur dénonce l’innocence maltraitée par l’Homme qui a pour cause dans le film la manipulation et pour conséquence la rébellion.
L’influence de Frantz sur Ricky est destructrice. Ricky se fait tabasser par son père pour avoir ouvert la vitrine dans laquelle il a pris une assette estampillée de l’insigne du IIIè Reich afin de la montrer à Jane. Il ne voit pas le danger du nazisme. Lorsque Jane lui dit qu’elle n’aurait pas accepté que son père la traite comme le traite Frantz qui a notamment envoyé son fils pendant deux ans dans un hôpital psychiatrique parce-qu’il s’était battu avec un gamin après avoir été lui-même battu par Frantz la veille car il avait fumé un joint, la violence exercée par son père a fait imaginer à Ricky qu’il aurait pu tuer le gamin qui s’était moqué de sa coupe de cheveux s’il n’en avait pas été séparé. L’aurait-il fait vraiment? Il n’en veut pas à son père qui le détruit, le manipule en lui répétant qu’il a besoin de structure et de discipline, alors qu’il a besoin que ses parents l’aiment et le soutiennent. Le père doit guider son fils, surtout s’il s’égare et non pas lui briser la personnalité, tout comme il a brisé celle de sa mère. Indirectement, Ricky a une influence sur Jane qui veut s’enfuir avec lui et répond à Angéla qui veut la raisonner qu’ils sont « barges » et seront « toujours catalogués comme barges et montrés du doigt par les gens normaux ». Ricky, influencé par son père, admire les armes à feu et propose à Jane de tuer Lester. Ils en parlent mais Jane dit que « c’est pour rire ». Lorsque Lester meurt tué par Frantz d’une balle tirée dans la tête, Ricky, intrigué, observe le mort. Il n’avait pas réalisé ce que c’était que d’exécuter quelqu’un.
La conséquence de la manipulation s’exprime par la rébellion que manifestent les actes de colère jusqu’aux actes criminels.
L’acte de colère de Lester envers Caroline lorsqu’il brise le plat d’asperges en le jetant contre le mur, la démission de son poste dans la publicité en moyennant avantageusement son départ d’une valeur de 60 000 $, l’achat d’une voiture de luxe en revendant la Range Rover du couple sans en discuter avec Caroline, ainsi Lester se rebelle. Ricky et Jane se rebellent aussi en simulant une fugue mais resteront cachés dans une pièce de la maison de Lester.
Frantz, déçu de ne pas être un sur-homme, va se rebeller mais de façon beaucoup plus violente. Il cogne son fils qui n’est pas à la hauteur de ses espoirs et finit par tuer Lester qui lui refuse un baiser. Frantz, après avoir visionné les vidéos de son fils, s’éprend de son voisin. Il veut affronter son homosexualité en allant sous la pluie chez Lester qui, refusant son baiser, lui dit qu’il y a un malentendu. Frantz retourne chez lui, prend une arme et l’abat. Une fois mort, Lester commentera « son insignifiante petite vie » disant qu’ »il faut lâcher prise ».
Dans un second temps en effet, le réalisateur Sam Mendés nous donne sa recette du bonheur qui tient en deux points : assumer ses différences et refuser d’être une victime.
Il faut assumer ses différences, tel le font ses voisins homosexuels et Angela qui finit par avouer qu’elle n’a jamais couché. Les voisins homosexuels sont les plus normaux dans l’échantillon de population présenté par le réalisateur. L’un est conseiller financier, l’autre anesthésiste réanimateur. Ils sont heureux, traitent bien leur petit chien, sont accueillants offrant un panier garni à Frantz afin de lui souhaiter avec sa famille la bienvenue. Le couple est équilibré. Angéla, au moment crucial, fera ses aveux à Lester qu’elle provoquait depuis le début. Lorsqu’il lui demande ce qu’elle veut, elle lui répond qu’elle ne le sait pas, puis dans la chambre elle lui dit qu’il sera le premier. Lester renonce alors. Il fanstasmait sur elle, l’imaginant couverte des pétals de rose ressemblant à celles que cultive et cueuille Caroline. Il rappellera d’ailleurs à son épouse qu’il avait financé une partie de ses études. Angéla lui rémémore la fraîcheur de Caroline lorsqu’elle était étudiante. Il demandera même à son épouse où est passée la Caroline de sa jeunesse qui était beaucoup plus joyeuse, espiègle et décontractée. Il va donc refuser de coucher avec Angéla qui, fragile, cherchait un regard d’adulte et est soulagée de ne pas coucher, ce qui lui redonne de l’appétit.
Il faut aussi renoncer à être une victime ainsi que l’écoute Caroline sur un enregistrement d’un supposé psychologue, dans sa voiture. Pour cela, il faut s’en donner les moyens, et assumer les conséquences de ce refus de victimisation. Les moyens doivent être autres que le choix de la violence comme le fait Lester qui veut retrouver une jeunesse pour séduire Angéla, par le sport. Il dévie toutefois en prenant de la drogue. Il dira à Angéla qui finit par avouer qu’elle n’a jamais couché qu’elle est « magnifique ». Un autre moyen consiste à prendre ses responsabilités. Caroline, avec peine, admet qu’elle n’est pas parfaite et se fait des remontrances execessives lorsqu’elle se claque mais lutte en écoutant le psy. Cependant, son coeur ne lui donne pas la bonne solution puisqu’elle décide de tuer son mari ce que fait Frantz quelques minutes avant elle. Elle sera affectée par la mort de Lester qu’elle regrette. Frantz, lui, n’a rien assumé, que ce soit l’éducation ratée de son fils ou sa vie de couple qui est un échec.
Les conséquences du refus d’être une victime apaisent ainsi que nous le dit en conclusion Lester. Il faut lâcher prise. Il compare son coeur à un ballon prêt à exploser qu’il faut laisser glisser. La caméra filme le sac plasique porté par le vent, car tout en lâchant prise, il ne faut pas suivre le mouvement.
En conclusion, la vie est fragile, l’adolescence, le couple, le mariage, les idéaux le sont aussi. Il faut faire le tri pour ne garder que ce qui est le plus léger, ce qui aide à s’envoler. La vie peut être vide comme ce sac plastique ou bien remplie mais légère. L’Amérique, gendarme du monde, que l’on appelle dès que la liberté est en danger, ne peut pas sauver le monde à elle toute seule. Le monde est fragile mais si l’on en prend soin, le monde peut être beau.


